Réponse: Commentaires de L.Major sur les finales du 13e Concours R-C


Subject: Réponse: Commentaires de L.Major sur les finales du 13e Concours R-C
From: by way of thibaul@CAM.ORG (lux@CAM.ORG)
Date: Wed Mar 17 1999 - 12:13:09 EST


Objet : Commentaires sur les finales de la 13e édition du Concours national
des jeunes compositeurs de Radio-Canada

Cher monsieur Beauchemin,

Je vous remercie beaucoup de m'avoir fait part de vos commentaires sur le
déroulement de la finale du Concours national des jeunes compositeurs de
Radio-Canada. Les personnes qui prennent la peine de manifester leur opinion
sont trop rares et nous permettent d'améliorer notre travail.

Vous me permettrez d'apporter certaines précisions et de vous fournir quelques
informations qui vous permettront de mieux comprendre le déroulement du
concert auquel vous avez assisté mercredi dernier.

La première information, peut-être celle qui explique toutes les remarques que
vous nous faites, concerne le comité organisateur. Ce comité organisateur est
en fait formé d'une seule personne, un réalisateur qui doit en plus assumer sa
charge habituelle de production d'émissions régulières. Pour la 13e édition du
concours dont l'organisation revenait au réseau français, on m'a confié la
responsabilité d'organiser toute cette activité, depuis l'impression du
dépliant d'inscription jusqu'à la planification du déroulement de la cérémonie
de remise des prix. J'ai été aidé durant un partie de la période de
préparation par un assistant à temps partiel qui a changé trois fois. Les
attritions répétées de personnel à la Société Radio-Canada rendent impossible
de former une équipe de travail convenable pour l'organisation des concours
que la dite société maintient quand même au nombre de ses activités.

Un deuxième point concerne les diffusions en salle des pièces finalistes de la
catégorie électroacoustique et la situation des juges dans la salle. Vous
comprendrez parfaitement qu'il est impossible pour un jury de travailler sans
être gêné s'il se trouve dans les mêmes rangées de fauteuils qu'un public
curieux des résultats de leurs délibérations. Il est important en ce qui
concerne cette catégorie de garder en mémoire qu'il s'agit d'un concours
organisé par la radio et que le but de ce concours est de dépister le nouveau
talent et d'inciter les jeunes compositeurs à écrire pour la radio. Si la
qualité d'interprétation des ¦uvres instrumentales influence la perception
qu'on en a lors de l'écoute à la radio, la diffusion et la spatialisation
d'une ¦uvre électroacoustique n'influencent en rien l'écoute radiophonique qui
est celle d'un enregistrement deux voix. Les juges doivent tenir compte de
cela.

Ainsi les ¦uvres électroacoustiques sont favorisées lors de la sélection par
les juges puisque la version qu'ils écoutent est la version définitive sur
laquelle leur jugement portera. Nous offrons la diffusion spatialisée pour les
auditeurs en salle. J'ai, de plus, fait installer des haut-parleurs arrières
au balcon pour l'écoute des juges, mais on peut penser que leur réflexion
était déjà fort avancé pour cette catégorie dès avant le concert. En 1986,
dans des conditions similaires à la Salle Claude-Champagne à Montréal, le jury
a remis le Grand Prix de ce concours au compositeur électroacousticien Mario
Rodrique. Il semble donc que le jugement d'un jury, qui ne doit tenir compte
que de la version deux canaux, n'ait pas été influencée négativement par une
écoute au balcon.

Le dernier point pour lequel j'aimerais vous livrer mon opinion concerne
l'aspect de la coproduction des concours de Radio-Canada.

Je dois d'abord vous informer que, comme tous mes collègues nés après 1950, je
ne suis pas un employé de Radio-Canada mais simplement un pigiste à qui l'on
offre des contrats récurrents mais ne dépassant jamais une année. Cette
situation fait que je ne me considère pas partie prenante des politiques de la
Société et que l'on ne souhaite pas cette implication de ma part. Les opinions
que je vais maintenant vous livrer n'impliquent en rien la Société Radio-
Canada, mais sont celles d'un observateur, que l'on pourrait qualifier de
privilégié, du milieu de la composition musicale et de l'implication de notre
dans ce milieu.

Lorsque les directeurs de la radio ont décidé de maintenir les activités de
concours, malgré les coupures de ressources importantes et une diminution très
marquée du personnel, ils ont imaginé que la coproduction pourrait combler en
partie les difficultés de réalisation entraînées par cette situation. Ces
décisions ont été prises sans réelles consultations des personnes qui avaient
déjà été responsables de l'organisation du Concours national des jeunes
compositeurs, puisque l'on ne m'a pas demandé mon opinion et que j'étais la
seule personne à avoir cette expérience.

Dans les cas de la 13e édition de notre ce concours, l'implication de la
Société de musique contemporaine du Québec a été exemplaire et s'est faite
dans le seul but d'obtenir la meilleure qualité artistique et la plus grande
satisfaction des jeunes compositeurs participants.

Mais la coproduction implique nécessairement qu'il y aura vente de billets
puisque que les sociétés de concerts qui ont l'expérience et le personnel que
nous recherchons doivent vendre des billets de concerts (ceci leur est imposé
par les différents subventionneurs gouvernementaux).

Je suis tout à fait d'accord avec vous qu'il est indécent qu'une activité qui
est supportée par les fonds publics (tant ceux accordés à la Société Radio-
Canada que ceux accordés aux sociétés de concerts) ne soit accessible qu'à
ceux qui peuvent se payer des billets, ceux-ci ne représentant qu'une infime
partie du coût total de production de l'événement.

L'assistance record au concert offert gratuitement le 23 janvier dernier par
le Nouvel ensemble moderne et la Société de musique contemporaine du Québec, à
la veille de leur départ pour le Festival Présences 99, nous a bien révélé à
quel point le filtre économique est restrictif dans le domaine de la musique
de création.

Par cette analyse vous percevez assurément quelle est mon opinion sur la
tangente que prend l'organisation d'événements culturels de qualité au pays.
Si, comme Radio France, nous pouvions compter sur une subvention dix fois plus
grande par citoyen pour la musique de qualité à la radio, il est évident que
nous pourrions revenir à la production d'événements ouverts à tous sans
restrictions économiques. La finale de notre Concours national des jeunes
compositeurs serait la première, je l'espère, à profiter de ce changement de
cap et à offrir en particulier aux étudiants et élèves des différentes écoles
de musique un accès libre à tous les événements de sa finale.
>
Comme vous me mentionnez votre intention de rendre publique votre réaction et
de faire circuler votre lettre, sans me mentionner de quelle façon, je compte
sur vous pour faire de même avec ma réponse.

En vous remerciant encore d'avoir manifesté une opinion si pertinente et de
grand intérêt, je vous prie d'agréer, cher monsieur Beauchemin, l'expression
de mes salutations les plus respectueuses.

        Laurent Major
        réalisateur à la Chaîne culturelle
        Radio-Canada
        1400 est, boul. René-Lévesque
        Montréal (Québec) H2L 2M2
        téléphone : (514) 597-4573
        courriel : laurentmaj@aol.com



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